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Que pouvons-nous faire pour la paix ?

Walter Wild - Article paru dans Perspectives chrétiennes - Pâques 1992

Nous avons été témoins de ce qui se passe quand un pays riche suscite la jalousie et l'agression d'un pays moins riche. Nous avons fait l'expérience de ce qui se passe quand un pays accumule des masses d'armes et provoque ainsi la crainte et l'agression des autres. Chaque concentration crée autre part un vide. Un excédent ici entraîne une pénurie ailleurs, car les substances terrestres ne peuvent pas simplement se multiplier, elles peuvent seulement se transformer ou bien se déplacer d'un endroit à l'autre. Toute accumulation est source de déséquilibre. Et celui-ci, devenant trop grand, peut causer une guerre. De fait, la guerre nous accompagnera encore longtemps sur terre, jusqu'au jour où tout homme aura fait sienne la parabole du Christ que Matthieu nous raconte au chapitre 20 : Un maître de maison louant des ouvriers pour sa vigne convient avec eux d'un denier par jour.

Un denier pour un jour de travail était un salaire normal pour un ouvrier. Cette somme permettait de vivre, était donc appropriée et juste. Dans la parabole, tout le monde est d'ailleurs d'accord et satisfait. Mais à la fin de la journée, le mécontentement survient malgré tout, car le maître de maison donne un denier même à ceux qui n’ont travaillé qu'une heure ! Traités à égalité, ils sont apparemment favorisés. Nous pouvons comprendre la jalousie de ceux qui comptent les heures de travail effectuées dans la vigne, sous le soleil et la chaleur du jour.

Pour que la guerre, sur terre, disparaisse, il nous faut apprendre à comprendre combien ce maître de maison est juste et bon. En donnant la même chose à chacun, il est véritablement raisonnable ; il lui donne ce dont il a besoin pour vivre et pour nourrir les siens. Quelle leçon : chacun reçoit assez, ni moins, ni plus ! Le regard qui considère le salaire comme l'équivalent du travail doit être choqué, forcément. Le Christ voudrait diriger ce regard vers le besoin de notre prochain. Et nous savons que notre prochain peut être un étranger tombé parmi les brigands, un chômeur que personne ne «loue» pour lui donner du travail. Au lieu d'envier tel prochain pour son salaire, nous devrions plaindre tous ceux qui ne peuvent pas travailler, qui ne trouvent pas sur leur chemin ce maître de maison dont la parabole dit qu'il est image du royaume des cieux. Etre engagé dans le vignoble, c'est être au service des cieux. Le travail dans la vigne, le travail sur terre, c'est la collaboration avec le Christ. Contribuer à ce que tout le monde trouve un sens à sa vie et sa place dans le vignoble de Dieu, peut être plus efficace pour la paix dans le monde que toutes les manifestations dans les rues.

Le culte, lui aussi image du royaume des cieux, nous parle en image le même langage : chacun offre ce qu'il peut et reçoit ni plus ni moins que le prochain. Ce qu'il reçoit, c'est précisément la paix, la satisfaction profonde d'ôtre au service des cieux. Toute collaboration avec le Christ nous fait oublier les heures de travail et leur récompense, et elle nous ouvre les yeux pour le besoin de notre prochain. C'est la base et la condition de la paix sur terre.