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De la résurrection de la Terre                                       

Jean-Charles Chignac 

Chaque année, les grandes fêtes chrétiennes, Noël, Pâques, Pentecôte, si nous les vivons, si nous essayons de les vivre, modèlent toujours plus intimement notre humanité, l’être humain en nous, pour le faire vivre et le faire agir toujours mieux, avec aussi l’espoir profond et fort, lié au mystère de la Résurrection que nous essayons de comprendre toujours davantage avec la fête de Pentecôte, la fête du Saint-Esprit, la fête de l’esprit...

Ainsi nous travaillons, nous essayons de travailler pour notre bien et pour le bien de ce qui nous entoure de près et de loin...

Mais le monde, la Terre entière ont beaucoup changé ces dernières décennies avec la « mondialisation », la « globalisation » grandissantes. Les modes de communication toujours plus rapides, subtils, étendus, et avec toutes les nouvelles technologies... Vivons-nous vraiment à la mesure des problèmes posés dans notre « village planétaire » ?

Or la Saint-Jean et la Saint-Michel, ces deux fêtes qui se suivent, au début de l’été, puis de l’automne, si nous essayons de les vivre aussi avec suffisamment d’intensité, peuvent sans doute nous y aider.

La Saint-Jean était déjà une fête religieuse païenne qui remonte à la nuit des temps. Les feux de la Saint-Jean étaient une adoration de la lumière et de la chaleur du « cosmos », du soleil, de la Vie venue d’en haut. N’est-ce pas aujourd’hui un défi, un appel, face aux dégradations de plus en plus dangereuses de notre Terre entière ? Celle-ci n’est-elle pas en train de se détruire et d’être détruite par les comportements égoïstes, aveugles, irresponsables des humains ? Mais n’est-on pas ici face à une tâche écrasante, impossible ? Comment faire bouger les choses dans la bonne direction ?

Une réflexion du poète Novalis peut sans doute nous mettre sur la bonne voie : « Il faut considérer la Terre entière comme un bien (une propriété !) et apprendre d’elle l’économie. » L’éco-nomie, c’est la mise en ordre (à sa mesure) de la « maison Terre » ! Et c’est cela que l’écologie s’efforce de comprendre et de réaliser au mieux. Éco-logie : connaissance de notre « maison Terre ». Le « logos », le Verbe divin, n’y est-il pas justement aussi à l’œuvre, d’autant plus avec le mystère de la Résurrection ? Et alors ne peut-on pas comprendre la Saint-Jean comme la Pâques pour la Terre à venir, à ressusciter ?! Mais, pour chacun de nous, où commencer à y participer, bien sûr à notre mesure ? Tout simplement en économisant, en nous économisant aussi, autant que faire se peut... Et puis aussi en essayant de vivre toujours mieux le sacrement de l’Eucharistie, avec en son centre le mystère de la Transsubstantiation (comme on l’a appelé au Moyen-Âge). Trans-substantiation : les deux « substances » dans le culte chrétien y sont alors habitées par le Ressuscité, lequel travaille là aussi de façon très précise pour la résurrection de cette Terre qui se meurt...

Mais comment comprendre tout cela ? Justement toujours mieux grâce à la Saint-Michel. Ne peut-on pas comprendre aussi cette fête comme la fête de Pentecôte pour la nouvelle Terre ? Nous pouvons y recevoir en effet de la lumière et de l’énergie intérieures dont nous avons tellement besoin, à notre mesure, pour le bien et l’avenir de toutes choses et justement de notre « nouvelle Maison Terre », de notre Terre à ressusciter ?

 

Publié dans Perspectives chrétiennes – Juin 2011