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Vaincre le dragon de la peur       

Eva Knausenberger, Psychothérapeute (Nouvelle-Zélande) 

Article paru dans Perspectives sous le titre « Fear » (2009). 
Traduit et publié avec l‘aimable autorisation des éditeurs de « Perspectives » (Royaume-Uni) - http://perspectives-magazine.co.uk/

 

La peur rend confus et instable ; elle peut paralyser des individus et même des nations entières. L'archétype, le symbole spirituel de la peur est le dragon à plusieurs têtes. Des passages de l'Apocalypse de Saint-Jean relatent que le dragon menace la survie du nouveau-né, le Sauveur de l'humanité. On trouve des statues et des peintures de l'Archange Michel engagé dans la « lutte » contre le dragon.

Le Christ a compris que le noyau, le cœur de la peur, est la peur de la mort. Il nous réconforte par ces paroles : « Dans le monde, vous avez peur » et « Voici que j'ai vaincu le monde ».

Qu'est-ce que la peur ?

Que pouvons-nous faire pour dépasser la peur, afin qu’elle-même ne nous dépasse pas ? La tâche des prêtres, des médecins et des psychothérapeutes est centrée sur les effets néfastes de la peur sur le corps, l'âme et l'esprit de ceux qui viennent les consulter, qui sont assaillis par des types de peur nombreux et variés dans la vie quotidienne. En effet, chacun d'entre nous est contraint de vivre face à une possible annihilation par une guerre atomique, le terrorisme, un meurtre, pour ne citer que les plus évidents. Chacun d'entre nous a certainement ressenti l'effet déroutant ou paralysant de la peur. Le « dragon » a bien plus de têtes que nous ne pouvons en compter.

Nous avons certes de nombreuses raisons de nous inquiéter. Les résultats d'une inquiétude incessante et croissante (quelles qu'en soient les raisons) se manifestent par des troubles cardiaques, des dépressions, des crises de panique, des difficultés relationnelles accrues, parmi bien d'autres symptômes.

Les soucis et les problèmes font partie de la vie, mais la peur qu'ils introduisent dans l'âme humaine est nocive, bien qu'elle soit évidente et apparemment facile à comprendre.

Comprenons-nous vraiment que les effets affaiblissants sur notre vie causés par la peur, par la dimension spirituelle de la peur – le dragon - sont des attaques contre la spiritualité et l'individualité humaines ? Réalisons-nous qu'ils s'attaquent à nos pensées, nos sentiments et nos actes – et les affaiblissent ? Dès que nous prenons conscience de cela, nous voyons le dragon.

Comment la spiritualité de la peur nous envahit-elle ?

Elle est comme un ver qui s'insinue subrepticement et envahit notre pensée. Plus précisément, elle nous envahit parce que nous ne pensons pas au-delà du court terme. Au lieu de cela, la peur, dans son aspect spirituel, commence à penser en nous. Notre pensée est envahie par la peur. Et une fois dans notre esprit, elle a le pouvoir de se démultiplier. Pire encore, elle répand son poison funeste, sournois, déprimant et paralysant depuis notre esprit jusque dans nos capacités de penser, de sentir et de vouloir, et de là, dans les personnes autour de nous et dans le monde.

Nous savons tous qu'une certaine prudence est une très bonne stratégie. La prudence, c'est avoir conscience que nous vivons dans un monde où les dangers sont nombreux. Elle nous avertit des dangers possibles. C'est un peu la sagesse d'un gardien intérieur, qui pense aussi en nous, mais à condition de prendre conscience de sa présence dans notre être.

N'est-il pas étonnant, par exemple, que des parents attentifs « sachent » quand leurs enfants sont en danger ? Si nous écoutons la voix de la sagesse en nous, la voix de notre ange gardien, notre conscience, nous ferons l’expérience, en toute connaissance, de la différence entre la prudence et la peur. L'une guérit, l'autre détruit.

La bataille pour l'évolution du moi humain est menée dans la pensée humaine. Il est donc très important de savoir comment nous pensons, et ce que nous pensons ; savoir si nous sommes submergés par la peur ou si nous pouvons la voir pour ce qu'elle est. Il est donc vital que nous découvrions qui ou quoi pense en nous.

Dans le monde, vous avez peur ; et voici que j'ai vaincu le monde. J'ai [déjà] vaincu [ce contre quoi vous luttez].

Ces paroles du Christ nous assurent que je peux vaincre le dragon qui attaque mon « Je » avec Lui à mes côtés. Je peux me battre aux côtés des esprits de la sagesse contre les esprits de la peur.

En complément de ces paroles du Christ, les peintures et les statues de Saint-Michel et de l'Apocalypse - et d'autres - montrent la réalité du combat spirituel ; montrent que la bataille contre les esprits des ténèbres de notre époque peut être gagnée et comment elle peut être gagnée. En effet, les paroles du Christ témoignent de ce qu'il l'a déjà gagnée.

Le jugement contre le dirigeant du monde a déjà été prononcé.

Sur aucune image ou statue, on ne voit de dragon mort. Le dragon est une réalité dans et du monde. Mais la lance de Michael, qui se bat pour nous afin de vaincre le dragon, cloue le dragon au sol. Il arrête ainsi son avancée. Et il le fait en étant, en armure, juché sur un cheval blanc. Il ne descend pas de son cheval pour lutter à mains nues contre le dragon. Il utilise la position surélevée que lui donne son cheval pour suivre les mouvements et les intentions du dragon. Nous pouvons voir dans le cheval blanc un symbole de la pureté de la pensée consciente et de la vue d'ensemble.

Dans sa dernière Lettre aux Ephésiens, Saint Paul décrit l'armure que nous devons revêtir dans notre combat aux côtés de l'Archange Michael :

Revêtez l’entière armure de Dieu, afin de tenir bon face aux attaques de l’Adversaire. Ce qui est attendu de nous, c’est non pas de lutter contre des êtres de chair et de sang, mais

       contre des êtres spirituels qui exercent leur puissance dans le cours des temps,
       contre des êtres spirituels qui agissent avec violence dans la substance de la terre,
       contre les puissances des ténèbres de cet éon, régnant dans le monde entier,
       contre des êtres qui dans les mondes de l’Esprit sont la puissance même du mal.

Aussi saisissez avec courage l’armure de Dieu afin de pouvoir résister au jour où le mal atteint son paroxysme.

Vous devez être ceux qui tiennent bon et mènent tout à son accomplissement. 
Tenez-vous fermement, les hanches ceintes du sens de ce qui est le vrai.
Revêtez-vous de la cuirasse de l’être véritable supérieur.
Mettez à vos pieds la qualité de répandre la paix, message qui vient des Anges.
Dans tous vos actes, levez le bouclier de la foi, par laquelle vous pouvez éteindre les traits brûlants du mal.
Prenez en vos pensées la certitude des forces guérissantes du Salut, elle protège votre tête tel un heaume,
Et saisissez l’épée de l’Esprit qui est la force agissante de Dieu.

Que cette armure vous revête dans toutes vos demandes et dans toutes vos prières ; que votre vie intérieure luise en prière, chaque instant, en Esprit.

 

Traduction du texte : Philia Thalgott
Traduction de la « Lettre de Saint Paul aux Ephésiens » (à partir de l’original allemand d’Emil Bock) : Marie-Pierrette Robert