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Jean et Michaël

Willy Nüesch - Saint-Jean 1994

Le temps de la Saint-Jean suscite en l'âme humaine une ambiance empreinte d'un grand sérieux. L'être de Jean le Baptiste porte en lui une gravité profonde, qui ne va aucunement à rencontre de la joie qu'il ressent pour "l'époux", le Christ Jésus. Un autre être possède une gravité de cette dimension : c'est l'archange Michaël. Tous deux ont les regards tournés vers l'évolution de l'humanité. Ils accompagnent son devenir, l'âme soucieuse. Ils voient les dangers qui, de nos jours, menacent les âmes humaines, les décisions inéluctables devant lesquelles elles se trouvent, la nécessité de plus en plus pressante de sauver la civilisation humaine-terrestre tout entière.

L'époque actuelle montre assez bien l'action des forces adverses qui veulent contrer celle de Jean et de Michaël. Dans l'Evangile, la volonté tenace des forces du mal apparaît dans l'image de la tête de Jean que la fille d'Hérodiade apporte sur un plateau. Les forces passionnelles, destructrices, qui montent d'en bas, combattent celles de la pensée, empreintes de lumière solaire, du Baptiste. Ces puissances nous sont connues de par les luttes qui se jouent dans notre propre âme. De nos jours, elles se déchaînent sur la terre entière, réduisant à néant toute moralité humaine véritable, ayant pour but la "possession" de l'homme. Elles aspirent à la démonisation totale de l'humanité.

Lorsque le Christ envoya ses disciples en mission, il leur donna toutes forces sur les esprits impurs. Les disciples se mirent en chemin et proclamèrent le changement de pensée ; ils chassaient beaucoup de démons, oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient (Marc 6, 12-13). C'est de cela qu'il s'agit : nettoyer la terre des forces démoniaques qui l'occupent ! Il est un événement notable qui a précédé l'envoi en mission des disciples : la décollation, l'exécution de Jean le Baptiste. Les disciples, prêchant le changement de pensée, proclament le même message que Jean-Baptiste ; Changez de pensée, car le royaume des cieux est proche ! Ainsi, ils parlent et agissent dans le sens de l'impulsion de Jean. Lui aussi a purifié l'atmosphère psycho-spirituelle des démons qui l'occupaient. Il a mené un combat contre ces puissances qui voulaient de plus en plus se rendre maîtres de l'être humain. Il a purifié l'espace intérieur où devait pénétrer le Christ. Il Lui a préparé le chemin. C'est là ce qui relie Jean et Michaël ; Michaël, lui aussi, précède le Christ, Lui préparant le chemin. Il est Sa face, comme cela est dit dans l'épître de la Saint-Michel, dans l'Acte de consécration de l'homme. Michaël combat le dragon. De fait, Jean-Baptiste est au service de Michaël. Il est le messager, c'est-à-dire "l'ange" qui prépare le chemin du Seigneur. II est au service de l'Archange, qui est lui-même aussi serviteur du Christ. Il y a un lien très intime entre le temps liturgique de la Saint-Jean et celui de la Saint-Michel. Le "génie" de Jean-Baptiste décapité, le "génie" d'Elie, agit dans les actes des disciples de Jésus. C'est ce qu'Hérode perçoit ; et ii l'exprime en ces termes : Jean, que j'ai fait décapiter, est ressuscité (Marc 6/17). L'âme de Jean, libérée du corps, est allée vers Jésus et s'est liée à Lui et à ses disciples, pour œuvrer avec eux. Son action se poursuit, intensifiée.

Les soixante-dix disciples que le Christ envoie, plus tard, ont à mener, eux aussi, un combat contre les démons. Et lorsqu'ils reviennent, joyeux, ils disent alors : Seigneur, les démons aussi nous sont soumis par la force de ton nom. Alors il leur dit : J'ai vu Satan tomber du ciel comme un éclair. Voici, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute puissance de l'ennemi ; et rien ne pourra vous nuire (Luc 10/17-19).

Le nom de Satan nous fait penser au combat de Michaël et du dragon. Le christianisme est loin d'être quelque chose d'anodin, de confortable ou de "petit-bourgeois" ! Il n'est rien de moins que le combat décisif dont l'enjeu est la terre, le combat entre Michaël aux côtés du Christ, et Satan. C'est dans ce combat que nous sommes placés, et où nous serons plongés de plus en plus d'ici la fin de ce siècle et de ce millénaire.

C'est cela qui confère au temps de la Saint-Jean son caractère grave. Jean est le fidèle serviteur de Michaël et du Christ, et nous invoquons son esprit, dans l'Acte de consécration de l'homme, entre l'Offertoire et la Transsubstantiation, tout au long des semaines du temps de la Saint-Jean. Jadis, le sacrifice du Baptiste suscita des forces de métamorphose, de guérison et de nourriture. Ainsi la multiplication des pains put avoir lieu, de même que la perception du Christ marchant sur la mer. Puisse l'esprit de Jean purifier nos âmes et nous préparer pour ces forces guérissantes, nourrissantes, ces forces de métamorphose et de perception, qui veulent venir à nous.

(adaptation française de Marie-Pierrette Robert, d'après la revue allemande Die Christengemeinschaft, juillet 1993)