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Les trois Rois Mages                     

Philippe Aubertin  - Prêtre

Qui sont les mages venus adorer l’Enfant Jésus à Bethléem ? La tradition leur a donné des noms : Melchior, Balthazar et Gaspard. La légende en a fait des rois. N’étaient-ils que trois ? De quel pays d’orient venaient-ils ? Étaient-ils partis groupés ou s’étaient-ils rencontrés en chemin ? Comment savaient-ils qu’ils devaient suivre l’étoile de grâce qui leur était apparue dans le ciel ?

Autant de questions dont l’évangéliste Matthieu ne se soucie pas. Seul lui importe que de sages païens venus d’orient ont cheminé des semaines durant en suivant une étoile pour venir s’agenouiller devant le Roi des rois et lui faire don d’or, d’encens et de myrrhe. Puis, leurs hommages rendus, ils repartirent chez eux « par un autre chemin », afin de déjouer la surveillance de ce renard d’Hérode. On ne les revit plus jamais.

Nous marchons pourtant sur leur trace chaque fois que nous venons assister à l’Acte de consécration de l’homme. Nous aussi venons de loin, non plus guidés par une étoile dans le ciel, mais par une lumière et une chaleur tout intérieures qui nous redressent, nous mettent en route, nous font pousser la porte de la chapelle et rencontrer d’autres voyageurs, eux aussi venus faire offrande au Christ des trésors de leur âme. Notre pensée pure, notre cœur aimant, notre volonté désintéressée sont tels l’or, l’encens et la myrrhe des mages. À l’offrande commune dignement accomplie devant l’autel, le Christ répond en se donnant à nous corps et âme sous les espèces sensibles du pain et du vin, par lesquelles nous entrons avec Lui en surnaturelle communion.

Miracle du Sacrement !

Au-dedans de nous, la Communion fraye de nouveaux chemins qui nous appellent à marcher à la lumière du Christ et non plus dans les ténèbres extérieures ; à cheminer à la lumière de la vérité, de l’amour et de l’espérance, afin de conjurer le mensonge, la haine et le désespoir universels. En quittant la chapelle, chacun retourne ainsi chez soi « par un autre chemin » que celui qu’il a emprunté à l’aller – un chemin secret baigné par la douce et chaude clarté du Salut.

Hérode avait voulu se servir des mages pour savoir où était l’Enfant Jésus, afin de lui ôter la vie. En apprenant que les étrangers étaient repartis sans lui donner l’information qu’il attendait, le despote fut pris de folie meurtrière et fit perpétrer le massacre des Innocents.

Celui-ci se perpétue encore aujourd’hui. Dans notre pays, en ce début d’année nouvelle, des lois iniques continuent d’être édictées, qui portent atteinte à l’intégrité des corps et des âmes, et font offense à l’Esprit.

Tels des Rois mages, veillons à protéger des outrages du Prince de ce monde l’Enfant de l’Esprit qui veut naître en nous, et continuons d’être des témoins de l’espérance en faisant don au Christ des surnaturels trésors de notre âme.