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Le sens de la Pentecôte                            

Simone Hannedouche 

 

Le Christ avait fait à ses disciples la promesse que nous rapporte saint Jean : « Je vous ai dit ces choses pendant que je demeure avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint que mon Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses » (Jean 14:25-26)

Et cinquante jours après Pâques, cette promesse fut réalisée par la Pentecôte. L’Ascension l’avait précédée. 

Elle est, nous dit Rudolf Steiner, le tableau qui révéla aux apôtres, non que le Christ était à jamais remonté dans les cieux, mais qu'après avoir rapporté au corps physique de l’homme les forces de vie qui devaient le guérir et le ranimer, sa présence les retient dans la sphère terrestre, les empêche de suivre leur tendance à remonter vers le soleil. Car c’est là ce qui est symbolisé par le tableau de l’Ascension. La nature physique et éthérique de l’homme a reçu les forces de vie.

« Les apôtres ensuite se retirent pensifs et s’abîment dans leur méditation. En eux brille une certitude : le mystère du Golgotha a sauvé l’être physique et éthérique de tous les hommes. Mais l’être spirituel et l’âme ? Où l’être humain prendra-t-il la force qui ouvrira son âme et son esprit à l’impulsion christique ? ».

C’est alors que dix jours après l’Ascension, cette force est apportée à l’homme.

« Là est le sens de la Pentecôte : l’esprit et l’âme comprennent à leur tour le sens du mystère du Golgotha. C’est la descente du Saint- Esprit. Le Christ a accompli son œuvre pour l’humanité tout entière. À l’homme qui doit comprendre cette œuvre, il envoie l’esprit, afin que l’âme puisse trouver accès, participer à l’acte universel. C’est par l’esprit que l’homme se pénètre intérieurement du mystère christique ».

Ascension, Pentecôte, ces deux visions se suivent et s’enchaînent.

« L’Ascension nous dit qu’en ce qui concerne le corps physique et le corps éthérique, l’événement du Golgotha a sauvé tous les hommes. Mais il faut que chaque être humain, pour en féconder son âme, s’ouvre au Saint-Esprit. L’impulsion christique agira alors en chaque individu ».

La Pentecôte est donc bien l’acte individuel par lequel l’esprit humain reçoit en lui l’Esprit universel. Mais l’être humain peut s’unir à cet Esprit universel, qu’il soit lié à un corps physique comme pendant la vie terrestre, ou qu’il soit détaché de ce corps, comme après la mort. 

Tout être humain a, en mourant, la vision de l’Ascension que les apôtres ont perçue grâce à leur clairvoyance. Celui qui comprend aussi le mystère de la Pentecôte et qui s’ouvre au Saint-Esprit, trouve dans cette vision qu’il contemple après sa mort la grande consolation, car il perçoit alors toute la réalité du mystère du Golgotha...

On voit en tout ceci l’importance de la compréhension individuelle qui doit naître de l'effort intérieur. Il ne suffit pas que le sacrifice du Christ sur le Golgotha rejaillisse comme un bienfait sur les forces de vie qui parcourent le corps physique, le corps éthérique. Quelque chose d’autre est apporté lorsque le Christ envoie aux hommes le Paraclet.

« La descente de l’Esprit, le Mystère de la Pentecôte, nous indiquent que l’esprit de l’homme doit s’élever par lui-même à la connaissance véritable du Golgotha pour en recevoir le fruit intérieur. Et cette connaissance doit être une connaissance spirituelle. La Pentecôte, la descente de l’Esprit, vient rappeler à l’humanité qu’elle doit s’efforcer d’acquérir peu à peu la connaissance de l’esprit, la seule qui lui permette de comprendre le Mystère du Golgotha ».

« Comprenez la portée de ce Mystère », voilà l’appel que nous fait entendre la Pentecôte. « Il s’accomplit pour tous les hommes », c’est ce que nous révèle l’Ascension.

Ainsi se succèdent dans l’histoire de l’évolution humaine ces deux événements : la révélation de l’Ascension  : « Christ a accompli son œuvre pour tous les hommes » et l’appel de la Pentecôte : « que chaque être humain s’efforce de la comprendre ».

Quand les hommes auront su faire l’effort nécessaire pour comprendre spirituellement ces fêtes, l’année prendra à leurs yeux un sens concret, et en même temps un sens cosmique, spirituel. Ils sauront comment participer sur la terre à la vie du Cosmos.

 

Publié en 1960 dans un Cahier spécial de Triades consacré aux Fêtes cardinales
Il avait initialement paru dans « Science Spirituelle – Mars-Avril 1936 »